Le syndrome du canal de Guyon

Le canal de Guyon est le passage du nerf ulnaire au poignet, juste à côté du canal carpien. Sa compression donne des fourmillements de l'annulaire et de l'auriculaire, et parfois une perte de force isolée.

Le canal de Guyon, ou tunnel ulnaire, est un passage ostéo-fibreux de la face antérieure et médiale du poignet. Il a été décrit en 1861 par Jean Casimir Félix Guyon ; la description anatomique de référence reste celle de Gross et Gelberman, publiée en 1985, qui mesure le tunnel entre quatre et quatre centimètres et demi.

Il partage une paroi avec le canal carpien : son plancher est formé par le ligament annulaire antérieur du carpe, complété par les ligaments pisi-hamatien et pisi-métacarpien. Cette proximité explique la possibilité, rare, d'une atteinte simultanée des deux nerfs.

À la différence du canal carpien, la forme idiopathique est rare : devant une compression du nerf ulnaire au poignet, on recherche presque toujours une cause occupant l'espace.

Les trois zones, et pourquoi elles comptent

Le nerf se divise à l'intérieur du tunnel, et le niveau de cette division sépare trois tableaux cliniques radicalement différents. Zone 1 : le tronc est encore mixte, l'atteinte est sensitive et motrice. Zone 2 : la branche motrice profonde, l'atteinte est motrice pure, sans aucun trouble sensitif. Zone 3 : la branche sensitive superficielle, l'atteinte est sensitive pure, sans déficit moteur. C'est la clé du diagnostic : une faiblesse de la main sans le moindre fourmillement oriente vers une zone 2, et fait chercher une cause locale, le plus souvent un kyste.

Le signe qui distingue du coude

La branche cutanée dorsale du nerf ulnaire naît en amont du poignet. Une compression au canal de Guyon épargne donc la sensibilité du dos de la main, alors qu'une compression au coude l'atteint. C'est le test le plus simple et le plus discriminant : effleurer le dos de la main du côté de l'auriculaire.

Les causes

Kyste synovial : la cause la plus fréquente. Un kyste né de l'articulation pisotriquétrale occupe le canal et comprime le nerf, le plus souvent en zone 2. • Fracture de l'hamulus de l'hamatum : souvent méconnue, typiquement chez le golfeur ou le joueur de tennis. • Thrombose de l'artère ulnaire : syndrome du marteau hypothénarien, chez l'ouvrier qui utilise la paume comme outil de frappe. • Compression prolongée : cyclisme longue distance, d'où le nom de paralysie du guidon. • Muscle surnuméraire ou variante anatomique : formes plus rares, souvent découvertes en peropératoire.

Le bilan

Examen clinique, électromyogramme pour localiser la compression et en graduer la sévérité, et surtout échographie ou IRM. Ces examens d'imagerie sont beaucoup plus systématiques qu'au canal carpien, puisqu'on cherche une cause occupant l'espace.

Le traitement

Conservateur d'abord dans les formes posturales : suppression de l'appui, adaptation du matériel chez le cycliste, orthèse nocturne. Chirurgical devant une cause identifiée — kyste, fracture, thrombose — ou un déficit moteur. La libération se fait par une courte incision au bord ulnaire du poignet, avec exérèse de la cause quand elle existe.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le canal carpien et le canal de Guyon ?

Ce sont deux tunnels voisins, séparés par le ligament annulaire antérieur du carpe. Le canal carpien livre passage au nerf médian et donne des fourmillements du pouce, de l'index et du majeur. Le canal de Guyon livre passage au nerf ulnaire et donne des fourmillements de l'auriculaire et de la moitié de l'annulaire.

Pourquoi mon auriculaire fourmille-t-il alors que le pouce va bien ?

Cette topographie correspond au territoire du nerf ulnaire et non à celui du nerf médian. Elle oriente vers une compression du nerf ulnaire, au poignet dans le canal de Guyon ou plus haut au coude, et non vers un syndrome du canal carpien.

Comment savoir si la compression est au coude ou au poignet ?

La sensibilité du dos de la main est le meilleur repère. Elle dépend d'une branche qui naît en amont du poignet : elle est donc normale en cas de compression au canal de Guyon, et perturbée en cas de compression au coude. L'électromyogramme confirme le niveau.

Le cyclisme peut-il provoquer ce syndrome ?

Oui. L'appui prolongé du talon de la main sur le guidon lors de sorties longues peut comprimer le nerf ulnaire au poignet. Cette forme porte le nom de paralysie du guidon et régresse souvent avec l'adaptation de la position, des gants et des poignées.

Pourquoi une échographie alors qu'on ne la fait pas toujours pour le canal carpien ?

Parce que la forme idiopathique est rare au canal de Guyon. On cherche presque toujours une cause occupant l'espace — kyste, thrombose, fracture, muscle surnuméraire — et l'imagerie est le seul moyen de l'identifier avant l'intervention.

Peut-on avoir les deux syndromes en même temps ?

C'est possible mais rare. Les deux tunnels sont voisins et partagent une paroi. Une association doit faire rechercher une cause générale, comme une polyarthrite, une amylose ou un diabète.

Validation médicale

Contenu rédigé et validé médicalement par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main, du poignet et du membre supérieur (RPPS 10100025286), inscrit au Conseil national de l'ordre des médecins. Membre des sociétés savantes SFCM, SOFCOT, SECEC, AAOS et FESUM. Consultations et interventions à la Clinique Jouvenet (Paris 16e) et à l'Hôpital Privé Claude Galien (Quincy-sous-Sénart).

Les informations de cette page ont une valeur strictement informative et ne se substituent pas à une consultation médicale.

Dernière révision : 2026-09-19