Des fourmillements dans la main peuvent venir du poignet, du cou, ou des deux. Cette dernière situation porte un nom — syndrome de double compression — et elle explique une partie des résultats incomplets après chirurgie.
L'hypothèse a été décrite par Upton et McComas dans <em>The Lancet</em> en 1973. Le principe : une compression proximale du nerf altère le transport axonal et rend le nerf plus vulnérable à une seconde compression en aval. Un nerf déjà fragilisé au cou supporterait moins bien un rétrécissement au poignet.
Ce qui est solidement établi, c'est la coexistence : les deux affections se rencontrent ensemble plus souvent que le hasard ne le voudrait. Une étude portant sur une base de plus de quatre-vingt-dix millions de dossiers retrouve une incidence de canal carpien de près de dix pour cent chez les patients ayant une radiculopathie cervicale, et montre que ces patients ont davantage de risque de compression périphérique que des témoins appariés.
Ce qui reste discuté, c'est le mécanisme. Une étude portant sur deux cent soixante-dix-sept radiculopathies C6, C7 et C8 ne retrouve aucune corrélation entre le niveau radiculaire atteint et la sévérité électrophysiologique du canal carpien, ce qui ne soutient pas l'explication par le transport axonal.
Les patients présentant une double compression s'améliorent après libération du canal carpien dans des proportions comparables à ceux qui n'en ont pas. La double compression n'est donc pas une contre-indication opératoire, et elle ne doit pas faire différer le traitement d'une compression avérée au poignet.
Le tableau se lit sur quatre éléments. La topographie : le canal carpien épargne l'auriculaire, une atteinte C8 le concerne ; une atteinte C6 suit le bord radial de l'avant-bras jusqu'au pouce, au-delà du territoire du nerf médian. L'horaire : les réveils nocturnes obligeant à secouer la main sont caractéristiques du poignet, une douleur majorée par les mouvements du cou ou la toux oriente vers le rachis. Les manœuvres : Tinel et Phalen au poignet, Spurling au cou, aucune n'étant suffisante isolément. L'électromyogramme : il localise la compression et gradue sa sévérité, mais peut être normal dans une forme cervicale débutante.
Ma règle est de traiter en premier ce qui est le plus documenté et le plus réversible. Un canal carpien confirmé à l'électromyogramme, avec des réveils nocturnes typiques, se traite, même si une arthrose cervicale coexiste. On réévalue ensuite ce qui persiste. L'inverse — refuser d'opérer un canal carpien avéré parce qu'une arthrose cervicale apparaît sur une radiographie — expose à laisser évoluer une compression nerveuse réversible.
Après cinquante ans, l'arthrose cervicale est presque universelle sur les images. Sa présence ne prouve pas qu'elle soit symptomatique. Une image n'explique un symptôme que si la topographie concorde.
Le diabète peut jouer le rôle de la première atteinte, sans compression proximale : un nerf métaboliquement fragilisé supporte moins bien un rétrécissement du canal. Cela explique en partie la fréquence et la sévérité du canal carpien chez le patient diabétique.
Le territoire des fourmillements, leur horaire et les manœuvres cliniques permettent de distinguer les deux. Le canal carpien épargne l'auriculaire, réveille la nuit et se provoque par les tests de Tinel et de Phalen au poignet. Une cause cervicale suit plutôt le bras, s'aggrave aux mouvements du cou ou à la toux, et s'explore par le test de Spurling. L'électromyogramme confirme et gradue la compression.
Oui. Cette coexistence est plus fréquente que le hasard ne le voudrait, et elle porte un nom : le syndrome de double compression. Un nerf déjà fragilisé au cou paraît plus vulnérable à une seconde compression au poignet.
Pas nécessairement. Ma règle est de traiter en premier ce qui est le mieux documenté et le plus réversible. Un canal carpien confirmé à l'électromyogramme, avec des réveils nocturnes typiques, se traite même si une arthrose cervicale coexiste. On réévalue ensuite ce qui persiste.
Pas forcément. Après cinquante ans, l'arthrose cervicale est presque universelle sur les images. Elle n'explique un symptôme que si la topographie concorde : une image seule ne suffit jamais à porter le diagnostic.
Oui. Les patients présentant une double compression s'améliorent après libération du canal carpien dans des proportions comparables à ceux qui n'en ont pas. La coexistence d'un problème cervical n'est pas une contre-indication.
Plusieurs explications sont possibles : une récupération nerveuse encore en cours, qui peut demander plusieurs mois dans les formes anciennes ; une compression cervicale associée non traitée ; ou, plus rarement, une libération incomplète. Un nouvel examen et un électromyogramme comparatif permettent de trancher.
Contenu rédigé et validé médicalement par le Dr Alexandre Kilinc, chirurgien orthopédiste spécialiste de la main, du poignet et du membre supérieur (RPPS 10100025286), inscrit au Conseil national de l'ordre des médecins. Membre des sociétés savantes SFCM, SOFCOT, SECEC, AAOS et FESUM. Consultations et interventions à la Clinique Jouvenet (Paris 16e) et à l'Hôpital Privé Claude Galien (Quincy-sous-Sénart).
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Dernière révision : 2026-09-19