En cas d'urgence, appelez le 15. Cette page est un document d'information : elle ne remplace ni un appel aux secours, ni un examen médical. Elle existe parce que les premières heures décident souvent du résultat final, et que beaucoup de gestes utiles — comme beaucoup d'erreurs — se jouent avant l'arrivée à l'hôpital.

Une plaie qui saigne peu n'est pas une plaie bénigne

La main concentre, sous quelques millimètres de peau, des tendons, des nerfs digitaux, des artères et des articulations. Une coupure nette au couteau ou au verre peut sectionner un tendon fléchisseur ou un nerf sans saigner abondamment, parce que les structures sectionnées se rétractent. Le saignement n'est donc pas un bon indicateur de gravité.

Les signes qui imposent un avis spécialisé sans attendre :

  • un doigt qui ne se plie plus, ou qui ne se plie qu'à une seule articulation ;
  • une zone insensible, un fourmillement permanent dans un territoire précis ;
  • une plaie en regard d'un pli de flexion, même petite ;
  • une morsure, de chat surtout, ou humaine — le risque infectieux y est majeur et l'aspect initial toujours rassurant ;
  • une injection sous pression (peinture, graisse, solvant) : l'orifice d'entrée est minuscule, la lésion est profonde et diffusante, c'est une urgence chirurgicale absolue ;
  • un doigt froid, blanc ou bleu, sans recoloration ;
  • une amputation, même partielle, et même de la pulpe.

Les six premières heures : ce qu'il faut faire

Appelez le 15, qui orientera vers un service adapté. En attendant :

  • comprimez directement la plaie avec un tissu propre et surélevez la main ; ne posez jamais de garrot ;
  • retirez immédiatement bagues, bracelets et montre, avant que le gonflement ne les bloque ;
  • couvrez sans explorer la plaie : pas d'alcool, pas d'antiseptique coloré, pas de tentative de suture ni de « remise en place » ;
  • immobilisez la main sur un support rigide improvisé si un doigt est déformé ;
  • restez à jeun — ni boire, ni manger, ni fumer — car une anesthésie est probable ; notez l'heure du dernier repas et l'heure exacte de l'accident ;
  • vérifiez votre statut vaccinal antitétanique ;
  • photographiez la plaie avant le pansement : c'est souvent utile au chirurgien, et cela évite de défaire un pansement propre.

En cas d'amputation : le segment compte autant que le blessé

Le fragment amputé doit être retrouvé et emporté, même s'il paraît abîmé, même s'il ne s'agit que d'un morceau de pulpe ou d'un ongle. La méthode fait toute la différence : enveloppez-le dans une compresse propre légèrement humidifiée, placez-le dans un sac hermétique fermé, puis placez ce sac dans un second récipient contenant de l'eau et des glaçons. Jamais de contact direct avec la glace, jamais immergé dans l'eau : le gel des tissus rend la réimplantation impossible.

Les délais de tolérance à l'ischémie sont bien établis. Un doigt, qui ne contient pas de muscle, tolère classiquement jusqu'à douze heures à température ambiante et jusqu'à vingt-quatre heures correctement refroidi. Une amputation plus proximale, à la main ou à l'avant-bras, contient du muscle : la tolérance chute à environ six heures à température ambiante et douze heures au froid. Ces chiffres sont des limites théoriques, pas des objectifs : les taux de survie du segment sont nettement meilleurs quand la réimplantation a lieu dans les six premières heures.

La réimplantation n'est pas toujours indiquée, et un doigt réimplanté garde des séquelles. La décision revient au chirurgien, après examen du segment sous microscope, en fonction du doigt concerné — le pouce est prioritaire —, du mécanisme, de l'âge et du métier. Cette décision ne peut pas être prise au téléphone.

Pourquoi un centre SOS Main, et pas n'importe quelles urgences

Les centres SOS Main sont agréés par la FESUM, la Fédération européenne des services d'urgence de la main. L'agrément suppose une équipe de chirurgiens de la main de garde, un bloc opératoire disponible en permanence, un microscope opératoire pour la microchirurgie, et une organisation permettant d'opérer dans les heures qui suivent plutôt que de reprogrammer.

La différence n'est pas administrative. Une plaie explorée et suturée dans un service d'urgences généraliste, sans exploration chirurgicale complète, laisse passer des sections tendineuses partielles et des lésions nerveuses qui se révéleront des semaines plus tard, quand la réparation sera devenue plus difficile et le résultat moins bon. L'Île-de-France dispose de plusieurs centres agréés répartis sur les huit départements ; le 15 connaît la carte et oriente en conséquence.

Ce qui se joue après

Une réparation tendineuse ou nerveuse n'est que la moitié du traitement. L'autre moitié est la rééducation, qui commence tôt et dont dépend le résultat fonctionnel : un tendon parfaitement réparé mais laissé immobile adhère et le doigt reste raide. C'est aussi pourquoi le suivi doit être organisé dès la sortie du bloc, avec un rééducateur de la main, et non improvisé un mois plus tard.