« C'est l'âge, il n'y a rien à faire. » C'est encore la phrase la plus entendue en consultation à propos de l'arthrose des doigts, et c'est la plus fausse. L'arthrose n'est pas une usure mécanique inéluctable, et la majorité des patients sont soulagés sans jamais passer par la chirurgie. Cet article porte sur les articulations des doigts, en particulier les interphalangiennes distales, celles du bout du doigt. Pour la base du pouce, qui obéit à une logique différente, la page consacrée à la rhizarthrose traite le sujet en détail.

Une maladie de l'articulation entière, pas une usure du cartilage

La représentation d'un cartilage qui s'use comme une semelle est dépassée. L'arthrose associe une dégradation du cartilage, une réaction de l'os situé dessous, et une inflammation de la membrane synoviale qui tapisse l'articulation. Ces trois éléments s'entretiennent : c'est cette composante inflammatoire locale qui explique les poussées douloureuses, les gonflements et le caractère cyclique de la maladie.

Les facteurs en cause sont multiples et ne se résument pas à l'âge. L'Inserm rappelle que l'arthrose touche 3 % des moins de 45 ans, 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans, et qu'elle est favorisée par des désordres métaboliques, notamment le diabète et l'obésité, autant que par les contraintes mécaniques. À la main s'ajoutent deux facteurs déterminants : une forte prédisposition familiale, et le rôle hormonal, l'apparition se concentrant chez la femme autour de la ménopause.

Quels doigts, et pourquoi cela se voit

Dans la cohorte de l'Osteoarthritis Initiative, portant sur 3 588 participants, l'arthrose radiologique de la main concernait 41,4 % des personnes, mais l'arthrose symptomatique seulement 12,4 %. L'écart est capital : voir de l'arthrose sur une radiographie ne signifie pas avoir mal, et la douleur d'un patient ne se juge pas sur ses clichés.

Les articulations interphalangiennes distales sont les plus fréquemment atteintes, devant la base du pouce, les interphalangiennes proximales venant en dernier. L'atteinte distale est plus fréquente chez la femme, et l'incidence culmine entre 55 et 64 ans. Les excroissances osseuses qui déforment le doigt portent un nom selon leur siège : nodosités d'Heberden à l'articulation du bout du doigt, nodosités de Bouchard à l'articulation intermédiaire.

Un point d'orientation majeur : les articulations métacarpo-phalangiennes, à la racine des doigts, et le poignet sont habituellement épargnés par l'arthrose primitive. Une atteinte de ces articulations doit faire chercher autre chose — un rhumatisme inflammatoire, une séquelle de traumatisme, ou une maladie métabolique comme l'hémochromatose. L'arthrose des doigts s'associe en revanche volontiers au canal carpien et au doigt à ressaut, ce que détaille la mise au point sur les maladies péri-trapéziennes.

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La forme érosive, celle qu'il ne faut pas manquer

Il existe une variante plus agressive, l'arthrose érosive des interphalangiennes. Sa prévalence est estimée à 2,8 % des adultes de plus de 55 ans, soit environ une personne sur dix parmi celles qui ont une arthrose des mains symptomatique ; l'étude de Framingham retrouve 9,9 % chez les femmes contre 3,3 % chez les hommes.

Elle se distingue par des poussées franchement inflammatoires, des articulations rouges et gonflées, une destruction osseuse visible en radiographie, et un retentissement fonctionnel comparable à celui d'un rhumatisme inflammatoire. La présence de lésions érosives est aussi le meilleur facteur prédictif d'aggravation radiologique. C'est la forme qui justifie un avis rhumatologique, parce qu'elle se confond volontiers avec une polyarthrite débutante.

Le diagnostic repose sur l'examen et la radiographie

Il est le plus souvent clinique : localisation des douleurs, nodosités palpables, déformation, perte de force de serrage, gêne pour ouvrir un bocal ou tourner une clé. La radiographie des mains confirme et précise le stade. Aucun bilan sanguin n'est nécessaire pour affirmer une arthrose : les marqueurs de l'inflammation sont normaux, et ils ne sont demandés que pour éliminer un rhumatisme inflammatoire en cas de doute.

Quatre signes doivent faire remettre le diagnostic en question : une raideur matinale qui dépasse trente minutes, un gonflement mou et chaud plutôt qu'une bosse dure, une atteinte des articulations à la racine des doigts, un psoriasis personnel ou familial.

Une manifestation mérite d'être connue, car elle amène souvent directement chez le chirurgien : le kyste mucoïde. Cette petite tuméfaction translucide à la face dorsale de la dernière articulation est une conséquence de l'arthrose distale. Il déforme fréquemment l'ongle en creusant une gouttière longitudinale, et cette déformation régresse quand la cause est traitée.

Le traitement médical, et il vient toujours en premier

Les recommandations européennes de 2018 pour la prise en charge de l'arthrose des mains sont claires et hiérarchisées. Elles reposent d'abord sur des mesures non médicamenteuses proposées à tous les patients : information sur la maladie, apprentissage des principes ergonomiques, adaptation et fractionnement des activités, aides techniques pour les gestes de force, et surtout des exercices visant la fonction et la force musculaire.

Les orthèses sont recommandées en priorité pour la base du pouce, avec un bénéfice qui se maintient sur le long terme. Pour les doigts, de petites orthèses nocturnes peuvent soulager une articulation en poussée.

Côté médicaments, la règle est de préférer la voie locale à la voie générale, pour des raisons de sécurité. Les anti-inflammatoires en gel sont le traitement médicamenteux de première intention. Les anti-inflammatoires par voie orale ne sont à envisager que pour une durée limitée. Le sulfate de chondroïtine peut être utilisé pour la douleur et la fonction. Les infiltrations de corticoïdes ne sont pas recommandées en routine dans l'arthrose des mains, mais peuvent se discuter sur une interphalangienne particulièrement douloureuse. Enfin, les traitements de fond des rhumatismes inflammatoires, classiques comme biologiques, sont explicitement déconseillés : ils n'ont pas fait la preuve de leur efficacité dans cette indication.

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Ce que la chirurgie peut apporter, et quand

Elle intervient en cas de lésions structurelles avérées et après échec des autres traitements — jamais en première intention. Sur une interphalangienne distale très douloureuse ou déformée, le blocage chirurgical de l'articulation supprime durablement la douleur, au prix d'une mobilité que cette articulation utilisait déjà peu. Le kyste mucoïde relève d'un geste simple, qui traite le kyste et la cause. Les durées de reprise après ces interventions figurent dans la mise au point sur l'arrêt de travail. Pour la base du pouce, les options sont plus nombreuses et détaillées sur la page dédiée.

Consulter un chirurgien de la main se justifie devant une douleur qui résiste à plusieurs mois de traitement bien conduit, une déformation qui gêne les gestes quotidiens, un kyste mucoïde, ou un doute diagnostique. Dans tous les autres cas, le rhumatologue et le médecin traitant restent les bons interlocuteurs.