Le syndrome du canal carpien est la deuxième maladie professionnelle reconnue en France. Le 2 septembre 2026, Santé publique France a publié la première étude nationale décrivant le parcours des personnes qui en souffrent et leur recours — ou non — à la reconnaissance en maladie professionnelle. Ses résultats ont été largement repris dans la presse. Cette mise au point les met en perspective, rappelle ce qu'une reconnaissance change et ne change pas, et précise la place du chirurgien dans ce parcours : il diagnostique et traite la compression du nerf, il ne décide pas de la reconnaissance administrative.
Ce que montre l'étude de septembre 2026
L'étude repose sur les éditions 2020 et 2021 du Baromètre de Santé publique France, soit près de 24 000 personnes de 20 à 64 ans interrogées par téléphone. Ses résultats tiennent en cinq chiffres.
- Un peu plus d'une personne sur dix déclare avoir souffert d'un syndrome du canal carpien au cours des cinq dernières années — environ 10 % des femmes et 9 % des hommes.
- Plus de sept sur dix attribuent leur syndrome principalement (48 %) ou en partie (26 %) à leur activité professionnelle.
- Parmi elles, une sur dix seulement indique avoir engagé une déclaration en maladie professionnelle.
- Quand une déclaration a été faite, elle a été acceptée dans près de huit cas sur dix.
- En amont même de la déclaration, seules six personnes sur dix disent avoir consulté un médecin pour ce problème.
À titre de comparaison, le syndrome du canal carpien représentait 21 % de l'ensemble des maladies professionnelles indemnisées par le régime général en 2023, soit plus de 10 000 cas — juste derrière les tendinopathies de l'épaule.
Le message n'est pas que tout canal carpien est professionnel. Il est double : le lien avec le travail est fréquent et souvent reconnu quand il est demandé, et une large part des personnes concernées ne consultent pas, ou ne déclarent pas. La première raison avancée par celles qui n'ont pas déclaré est la banalisation des symptômes. L'étude relève aussi que le passage par le médecin du travail est associé à une déclaration nettement plus fréquente.
{{FIGURE_1}}Pourquoi certains gestes favorisent le canal carpien
Le nerf médian traverse au poignet un tunnel inextensible, sous un ligament rigide. Tout ce qui augmente durablement la pression dans ce tunnel le comprime. Le syndrome n'a presque jamais une cause unique — âge, sexe, facteurs hormonaux et médicaux pèsent — mais certaines contraintes professionnelles y contribuent de façon documentée :
- les mouvements répétés ou prolongés d'extension du poignet, ou de préhension de la main ;
- le travail en force, en particulier poignet fléchi ou en extension ;
- l'appui répété ou prolongé sur le talon de la main ;
- l'usage d'outils vibrants ;
- l'exposition au froid, qui aggrave les symptômes.
Ce n'est donc pas « beaucoup utiliser ses mains » qui fait le lien, mais le type de geste, sa répétition, l'intensité et la durée d'exposition. Les secteurs les plus exposés sont connus : agroalimentaire, grande distribution, nettoyage, bâtiment, industrie, restauration, agriculture, métiers du soin. Mais le métier seul ne suffit pas : deux personnes portant le même intitulé peuvent avoir des postes très différents.
Ce que la reconnaissance suppose
Dans le régime général, le syndrome du canal carpien relève du tableau 57 des maladies professionnelles, consacré aux affections provoquées par certains gestes et postures. Trois conditions y sont posées : un diagnostic établi, un délai réglementaire entre la fin de l'exposition et la première constatation médicale, et l'exercice habituel de travaux figurant sur la liste du tableau — mouvements répétés ou prolongés d'extension du poignet ou de préhension, appui carpien, pression sur le talon de la main. Le détail des conditions et des cas ne remplissant pas strictement le tableau est décrit sur la page dédiée.
Deux idées simples à retenir. Le diagnostic médical et la reconnaissance administrative sont deux questions distinctes : on peut avoir un canal carpien authentique sans qu'il soit reconnu, et inversement une reconnaissance ne dit rien de la sévérité. Et la reconnaissance ne s'obtient pas par défaut : elle se demande.
Comment savoir si mon canal carpien est lié à mon travail
La réponse vient de la confrontation de plusieurs éléments : les symptômes — fourmillements du pouce, de l'index et du majeur, réveils nocturnes, perte de sensibilité ou de force — ; l'examen clinique ; l'électromyogramme, qui confirme la compression et en mesure la sévérité ; l'analyse du poste — gestes, fréquence, efforts, vibrations, positions, durée d'exposition — ; et les autres facteurs favorisants du patient.
Deux raccourcis sont à éviter, dans un sens comme dans l'autre. « Je travaille avec mes mains, donc mon canal carpien est professionnel » : non, pas automatiquement. « J'ai un autre facteur de risque, donc le travail n'a rien à voir » : non plus. L'analyse est individuelle, et c'est précisément ce que l'étude de Santé publique France invite à faire plus souvent.
Comment déclarer
Le parcours est simple et il gagne à être connu, car sa méconnaissance est l'une des raisons de la sous-déclaration. Le médecin qui envisage une origine professionnelle établit un certificat médical initial décrivant la maladie. C'est ensuite le patient qui déclare, auprès de sa caisse d'Assurance Maladie, avec ce certificat. La caisse instruit le dossier, vérifie les conditions du tableau et notifie sa décision.
Le médecin traitant, le médecin du travail et, selon les cas, le spécialiste ou le chirurgien de la main interviennent à des moments différents. Le médecin du travail a une place particulière : il connaît le poste, peut documenter l'exposition, et son intervention est associée à une déclaration plus fréquente. Le chirurgien, lui, diagnostique, mesure la sévérité, traite ; il peut décrire la pathologie dans le certificat, mais la reconnaissance ne dépend pas de lui.
{{FIGURE_2}}Une origine professionnelle n'impose pas la chirurgie
C'est un point que je précise systématiquement en consultation : la reconnaissance en maladie professionnelle et l'indication opératoire sont deux décisions indépendantes. Le traitement dépend de l'intensité et de la durée des symptômes, de l'examen, de la sévérité mesurée à l'électromyogramme, et de la réponse au traitement médical — attelle nocturne, adaptation des gestes, infiltration. La chirurgie se discute quand la compression est importante, quand les symptômes persistent malgré le traitement médical, ou quand l'atteinte du nerf expose à une récupération incomplète si l'on attend.
Ce que la reconnaissance change, et ne change pas
Elle change l'indemnisation de l'arrêt, la prise en charge des soins, la protection de l'emploi et l'accès à un éventuel aménagement de poste ou reclassement. Elle ne change ni la durée médicale de la récupération, ni la technique opératoire, ni le pronostic. Les durées d'arrêt selon le poste et les repères pour la reprise sont détaillés dans la mise au point sur l'arrêt de travail, la conduite et la reprise des activités.
Dans la grande majorité des cas, une opération du canal carpien n'impose pas de changer de métier. Elle libère le nerf ; c'est ensuite l'analyse du poste, avec le médecin du travail, qui permet de limiter les contraintes en cause — position prolongée du poignet, gestes en force, répétitivité, vibrations — pour protéger le résultat obtenu. La page prévention détaille ces adaptations.
L'essentiel
Un canal carpien peut être favorisé par le travail sans être automatiquement une maladie professionnelle ; il peut être reconnu au titre du tableau 57 quand les conditions sont réunies, et les demandes aboutissent dans près de huit cas sur dix. L'étude de 2026 montre surtout que beaucoup de personnes concernées ne consultent pas et ne déclarent pas. Consulter permet de poser le diagnostic, de mesurer la sévérité et de décider du traitement ; déclarer est une démarche distincte, qui appartient au patient, et que le certificat médical initial rend possible.